« La petite martyre de l’A10 », l’affaire Inass Touloub, pour qu’aucun enfant ne disparaisse dans le silence
L’affaire d’Inass Touloub, surnommée la « petite martyre de l’A10 », est l’un des dossiers criminels français les plus marquants en matière de violences mortelles sur un enfant et d’identification tardive d’une victime. Enfance & Partage sera partie civile du 2 au 20 novembre 2026 devant la cour d’assises du Loir-et-Cher à Blois (41).
Les faits : des traces de maltraitance sévères
Le 11 août 1987, des agents chargés de l’entretien de l’autoroute A10 découvrent le corps d’une petite fille enveloppé dans une couverture, à proximité de Suèvres, dans le Loir-et-Cher.
L’enfant, âgée d’environ quatre ans, porte de nombreuses traces de violences. L’autopsie révèle des actes de maltraitance d’une exceptionnelle gravité :
- multiples fractures anciennes non soignées ;
- brûlures au fer à repasser ;
- nombreuses morsures humaines ayant parfois entraîné un arrachement de chair ;
- ecchymoses et blessures répétées ;
- état général de dénutrition et d’épuisement extrême. Les experts concluent que l’enfant est décédée à la suite de l’accumulation prolongée de sévices et de mauvais traitements.
Personne ne signale sa disparition et les premières investigations n’aboutissent pas. Malgré d’importants moyens d’enquête, la fillette demeure pendant plus de trente ans sans identité.
Une identification, 30 ans après
En 2018, une correspondance génétique avec l’ADN du frère de la fillette permet de remonter jusqu’à sa famille.
L’enfant est enfin identifiée : elle s’appelait Inass Touloub, née le 3 juillet 1983 à Casablanca, au Maroc.
En juin 2018, ses parents, Ahmed Touloub et Halima El Bakhti, sont interpellés et mis en examen.
L’affaire devient alors l’un des plus importants « cold cases » français résolus grâce à l’ADN.
Une instruction longue de 6 ans
En juin 2024, après une instruction longue de 6 ans, est prononcée la mise en accusation devant la Cour d’Assises du Loir et Cher de :
Madame Halima EL BAKHTI, pour avoir, courant 1986 et 1987, jusqu’au 11 août 1987, soumis Ia jeune Inass TOULOUB, à des actes de torture et de barbarie, en l’espèce notamment des morsures allant jusqu’à la lacération avec arrachement des mamelons, des actes de violence ayant entraîné des fractures non prises en charge médicalement, des brûlures, des actes de violences répétés entraînant des contusions, des plaies sur l’ensemble du corps avec cette circonstance que les faits ont entraîné la mort sans intention de la donner, et Monsieur Ahmed TOULOUB pour complicité de ces faits.
Un procès qui tarde à arriver
Le Parquet Général d’Orléans sollicite auprès de la Cour de cassation en janvier 2025 le dépaysement de cette affaire (changement de cour d’assises) au motif que la Cour d’assises du Loir et Cher (Blois) se trouvait trop engorgée et donc dans l’impossibilité d’organiser un si important procès avant la fin de l’année 2026 ou le début de l’année 2027.
A juste titre, le Parquet Général insistait sur l’âge des accusés (71 et 73 ans) et l’ancienneté des faits (1986 et 1987) pour attirer l’attention de la Cour de cassation sur la nécessité d’organiser rapidement un procès.
En mai 2025, Enfance et Partage décide également d’adresser une lettre ouverte à Monsieur Gérald Darmanin, garde des Sceaux, en insistant sur que le fait qu’il serait désastreux que ces faits de nature criminelle ne soient jamais jugés, tant vis-à-vis des enquêteurs et magistrats qui se sont impliqués aux fins de résoudre ce dossier marquant, qu’à l’égard d’Inass à qui nous devons une vérité judiciaire, sans compter l’incompréhension que cet échec de la justice susciterait dans l’opinion publique.
Un procès historique à Blois du 2 au 20 novembre
Le procès se déroulera finalement devant la cour d’assises du Loir-et-Cher à Blois, du 2 novembre au 20 novembre 2026.
Pour cette audience, la cour d’assises de Blois a obtenu la labellisation « procès sensible » en novembre 2025. Ce label permet à la juridiction concernée de bénéficier de renforts humains, logistiques et financiers adaptés (création de salles d’audience spécifiques, sécurisation, ). En l’occurrence en plus de la salle d’audience, une deuxième salle de retransmission sera ouverte pendant toute la durée de procès.
Les questions que soulève ce dossier pour Enfance & Partage
Pour nous, cette affaire soulève plusieurs questions essentielles en matière de protection de l’enfance :
Une absence de repérage : Selon les éléments connus du dossier, Inass Touloub aurait subi des violences répétées sur une longue période avant son décès. Le procès permettra de s’interroger sur l’absence de repérage et de signalement de ces maltraitances.
Le signalement de la disparition : comment une enfant a-t-elle pu disparaître pendant des décennies sans que son absence soit signalée ?
La responsabilité collective : la protection des enfants nécessite une vigilance partagée entre les familles, les professionnels, les institutions et l’ensemble de la société.
Pourquoi Inass, pourtant déclarée à l’état civil, n’a-t-elle jamais été scolarisée ? Son absence de scolarisation a-t-elle été repérée ?
Les débats devront également déterminer les responsabilités respectives des parents : Qui a infligé à Inass les violences qui ont entraîné sa mort ?
L’enjeu pour notre avocate, Maitre Agathe Morel
« L’enjeu du procès sera de comprendre pourquoi Inass a été la cible de telles violences durant des mois jusqu’à la tuer ? Pourquoi les filles de la fratrie ont -elles été plus violentées que les garçons par des parents qui ont par ailleurs semblé en capacité d’élever leurs enfants ? Quels mécanismes ont conduit à ce que cela ait lieu et soit rendu possible dans le temps, sans prise de conscience ?
Mais également comprendre, pour elle, quelle a été sa vie d’avant, sa vie jusqu’à ses trois ans, au Maroc, où elle semblait bien traitée et vivre sa vie de petite fille normale. »





